Le Fort militaire de Chillon – Une forteresse du XXe siècle (1941–1994) 4/5
Derrière le château médiéval de Chillon, un autre monument domine le Léman : le Fort militaire de Chillon. Construit en 1941–1942, ce fort d’artillerie et d’infanterie devient la porte d’entrée occidentale du réduit national suisse. Pendant plus de cinquante ans, il veille sur le passage entre le plateau et le Chablais, avant d’être déclassé en 1994. Découvrez l’histoire de cette super-forteresse, de sa construction à sa transformation en musée.
Un projet de longue date : de 1862 à 1939
L’idée de fortifier le passage de Chillon remonte au XIXe siècle. En 1862, une étude du colonel Aubert propose déjà de barrer l’axe du Simplon à Chillon, reconnaissant la valeur stratégique de ce « passage obligé » entre le Léman et les Préalpes vaudoises. Ce site, déjà fortifié depuis le Moyen Âge, apparaît comme un point clé pour contrôler les communications entre le nord et le sud de la Suisse.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Suisse renforce son réseau de défense. En 1939, les premières fortifications de campagne sont érigées dans les jardins du château de Chillon, marquant le début de la militarisation moderne du site. Le fort d’artillerie de Chillon est alors conçu comme un ouvrage moderne, intégré à la position de barrage de Chillon, qui comprend une douzaine d’ouvrages d’infanterie, des barricades routières, des obstacles antichars et plusieurs ouvrages minés.
Construction et mise en service (1941–1942)
Les travaux du fort d’artillerie de Chillon commencent le 1er janvier 1941, au début de la guerre 1939–1945. Le gros œuvre est achevé vers la mi-1941, et l’ouvrage est remis à l’armée suisse en 1942. Il est occupé pour la première fois le 28 août 1942 par la compagnie d’artillerie fortifiée 9, devenue en 1943 la compagnie d’artillerie fortifiée II/4, subordonnée au groupe fortifié 4 (fort de Champillon) et au régiment fortifié 19.
Le fort est conçu comme un fort d’artillerie et d’infanterie, chargé de garder et de défendre le passage Nord-Sud de Chillon, afin d’assurer la préparation à la mobilisation de la brigade montagne 10, dont les troupes principales sont stationnées dans la région de Saint-Maurice. Il constitue la porte d’entrée occidentale du réduit national suisse, un système de défense profonde conçu pour rendre le territoire imprenable en cas d’invasion.
Armement et organisation (1942–1978)
À sa construction, le fort d’artillerie de Chillon est équipé de deux canons antichars de 7,5 cm sur affûts spéciaux Giovanola pour le tir direct (casemates C5 et C7), et de deux canons antichars de 7,5 cm sur affûts spéciaux Giovanola pour le tir d’artillerie (casemate C8). Ces pièces sont remplacées en 1962 par des canons antichars de 9 cm 50 sur affûts à pivot, et les canons de 7,5 cm de la casemate C8 sont retirés en 1978, lorsque la mission change.
Le fort dispose également de cinq mitrailleuses 11 (refroidissement à eau), remplacées en 1972 par des mitrailleuses fortifiées 51, ainsi que de 19 fusils-mitrailleurs 25, remplacés par 6 fusils automatiques de section 57. La garnison, d’environ 131 hommes, est logée dans des locaux étanches aux gaz, avec un central de transmission et un local de matériel.
La défense extérieure est assurée par des éléments du régiment d’infanterie 88 (une section) et par la compagnie fortifiée II/4, qui occupe sept fortins d’infanterie et les ouvrages de Porte du Scex et Fenalet. Le fort est également relié à une position de barrage comprenant des ouvrages minés (OMI) sur la route et le mur de soutènement de la voie de chemin de fer, ainsi qu’un pont miné sur le Rhône.
Transformation et fin de la mission d’artillerie (1960–1978)
En 1960, le fort est transformé et agrandi : l’entrée en bordure de route est déplacée plus au sud (près de l’arrêt de bus actuel), et un nouveau magasin à munitions est construit selon les nouvelles normes. Cette modernisation s’inscrit dans le cadre de l’adaptation du réseau fortifié suisse aux évolutions tactiques et technologiques de la guerre froide.
En 1978, le fort perd sa mission d’artillerie : les canons de 7,5 cm de la casemate C8 sont retirés, et l’ouvrage n’est plus considéré comme un ouvrage d’artillerie, mais uniquement comme un fort d’infanterie. La subordination administrative et tactique change : la compagnie d’ouvrages 55 (cp ouv 55) est créée et occupe l’ouvrage de Chillon, ainsi que les ouvrages précédemment cités et neuf fortins d’infanterie du point d’appui Grande Eau, jusqu’en 1994.
Dernières années et déclassement (1978–1994)
De 1978 à 1994, le fort de Chillon est utilisé comme fortification militaire, occupé par la compagnie d’ouvrages 55, subordonnée au régiment d’infanterie 5. Il continue de jouer un rôle de barrage dans la position de Chillon, protégeant l’accès au Chablais depuis le plateau (et inversement).
Le projet Armée 95, qui réforme en profondeur l’armée suisse à la fin de la guerre froide, condamne l’ouvrage. Le fort de Chillon est utilisé comme fortification militaire jusqu’en 1994, puis déclassé « secret défense ». Cette date marque la fin de plus de cinquante ans de service militaire pour cette forteresse du XXe siècle.
Sources
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Article « Fort de Chillon » sur le site de l’association Léman Sans Frontière, 2024.
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Fiche « A390 Fort d’artillerie de Chillon » sur le site FortLitroz, 2021.
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Article « Fort de Chillon » sur le site Notrehistoire.ch, 2023.
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Article « Villeneuve (VD) » dans l’Histoire de la Suisse (HLS-DHS-DSS), 2017.
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Site officiel de la ville de Villeneuve (VD), section « Histoire ».
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