Chillon au Moyen Âge – Un château-fort au cœur du pouvoir savoyard (XIe–XVe siècle) 1/5
Perché sur son rocher au bord du Léman, le château de Chillon est bien plus qu’un décor romantique : c’est un témoin de plus de huit siècles d’histoire stratégique et politique. Dès le XIe siècle, ce site domine le passage entre le nord et le sud de l’Europe. À travers les grandes phases de construction et de pouvoir, découvrez comment Chillon devient la place forte des comtes de Savoie, puis la clé du bailliage du Chablais, tandis que Villeneuve naît comme « ville neuve » pour contrôler le lac et le commerce.
Un site stratégique dès l’Antiquité
Le rocher de Chillon, en surplomb du lac Léman, est occupé très tôt en raison de sa position sur la route de l’Italie et de son site naturellement défensif. Des fouilles ont mis au jour des objets de l’âge du Bronze, attestant d’une fonction défensive ancienne, probablement sous forme d’une double palissade. Les Romains fortifient à leur tour ce point de passage, et le rocher reçoit un donjon carré aux XIe–XIIe siècle, sans doute dans le cadre de la domination des comtes de Savoie.
Avant 1150, Chillon passe de la mouvance des évêques de Sion à celle des comtes de Savoie, qui en font leur plus ancienne place-forte au nord du Léman. La première mention explicite du château date de 1150, dans une charte où le comte Humbert III de Savoie accorde aux moines de Haut-Crêt le libre passage à Chillon.
La Savoie construit un château-fort (XIIe–XVe siècle)
Au XIIe siècle, les comtes de Savoie entreprennent de grands travaux de reconstruction et d’agrandissement, donnant à Chillon sa forme actuelle de château-fort. Le site est organisé autour de trois cours, avec des espaces distincts pour les fortifications, la résidence du châtelain et la résidence du prince. La chapelle Saint-Georges, située entre les fortifications et les appartements privés, est décorée au XIVe siècle par un peintre peut-être venu d’Italie, maître Jacques, dans un cycle iconographique autour de la généalogie du Christ et de la Rédemption.
Les travaux se poursuivent au XIIIe siècle sous Amédée IV, Pierre II et Philippe de Savoie, qui renforcent la seconde enceinte avec des tours et des techniques nouvelles de concentration des défenses. Sous Pierre II, l’architecte Jacques de Saint-Georges construit notamment la salle dite « du châtelain », avec ses deux colonnes en chêne couronnées de chapiteaux à crochets. À partir du XIVe siècle, des salles basses et des souterrains sont transformés en prisons, qui resteront en service jusqu’en 1895.
Villeneuve de Chillon : la « ville neuve » du lac
En 1214, le comte Thomas Ier de Savoie crée « Villeneuve de Chillon », une ville neuve située à l’est du château, qui supplantera le vieux bourg de Chillon. Cette fondation répond à un double objectif : loger la population croissante dépendant du château et contrôler le trafic commercial sur le lac. Villeneuve devient un bourg agricole et lacustre, doté d’une charte et d’un péage, et elle tire sa prospérité du commerce et de la viticulture.
Les anciens comptes de péage de Villeneuve (1283–1293) comptent parmi les plus anciens comptes de villes médiévales conservés en Europe, témoignant d’une économie structurée autour du lac et des routes de montagne. L’église de Compengie, citée dès 1166, est remplacée par l’église actuelle, qui devient paroissiale en 1228 et est transformée en temple en 1536.
Chillon, centre du bailliage du Chablais
Chillon sert de résidence occasionnelle aux comtes puis ducs de Savoie, mais aussi de siège permanent pour les baillis du Chablais, qui sont également châtelains de Chillon. Le château devient le centre d’une châtellenie et le chef-lieu du bailliage du Chablais, contrôlant un territoire qui s’étend de Conthey à Versoix, incluant Genève, la rive sud du Léman et Aigle.
Le château joue un rôle clé dans la politique savoyarde : il sert de forteresse, de prison, de grenier et de point de contrôle pour les routes du nord et du sud des Alpes. Cette position stratégique explique que Chillon soit l’une des premières cibles lors de la conquête bernoise du Pays de Vaud en 1536.
Sources
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Dossier pédagogique « À l’abri des murailles : la vie d’un château à l’époque savoyarde », Fondation du château de Chillon, 2008.
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Article « Chillon, château de » dans l’Histoire de la Suisse (HLS-DHS-DSS), 2005.
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Article « Villeneuve (VD) » dans l’Histoire de la Suisse (HLS-DHS-DSS), 2017.
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Site officiel du château de Chillon, sections « Histoire » et « Le château en quelques mots ».
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Site officiel de la ville de Villeneuve (VD), section « Histoire ».
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Chillon sous Berne et le canton de Vaud – Prison, arsenal et naissance du tourisme (1536–1895) 2/5
Villeneuve et la région de Chillon– Du bourg lacustre au centre touristique (XIIIe–XIXe siècle) 3/5
Le Fort militaire de Chillon – Une forteresse du XXe siècle (1941–1994) 4/5
Chillon et sa région de 1900 à 1995 – Patrimoine, tourisme et mémoire 5/5
