Chillon et sa région de 1900 à 1995 – Patrimoine, tourisme et mémoire 5/5

Du début du XXe siècle à 1995, Chillon et sa région vivent une métamorphose profonde : le château passe de prison et arsenal à musée et icône touristique, tandis que Villeneuve se transforme en centre industriel et résidentiel. Découvrez comment le patrimoine, le tourisme et la mémoire militaire façonnent l’identité de ce territoire entre Léman et montagnes.

Chillon Tourisme

Le château de Chillon : de la prison au musée (1900–1995)

Au début du XXe siècle, le château de Chillon est encore un bâtiment d’État, utilisé comme arsenal et prison. Depuis 1803, il appartient au canton de Vaud, qui en assure la gestion et l’entretien. La prison fonctionne jusqu’en 1895, date à laquelle elle est fermée, marquant la fin de l’ère de Chillon comme lieu de détention.

Dès la fin du XIXe siècle, l’archéologue cantonal Albert Naef (1862–1936) lance les premiers chantiers de restauration, visant à comprendre les différentes étapes de la construction du château et à préserver ce monument historique. Ces travaux, qui se poursuivent tout au long du XXe siècle, transforment progressivement le château en musée.

Dans la première moitié du XXe siècle, le château devient un lieu de mémoire et de culture, abritant des expositions et des collections. Il est progressivement valorisé comme patrimoine national, et sa restauration continue dans l’esprit de rigueur scientifique et de respect de l’authenticité.

Naissance et essor du tourisme à Chillon (1900–1967)

Dès la Belle Époque, le château de Chillon cesse d’être un simple monument historique pour devenir une véritable icône touristique de la Riviera vaudoise. La silhouette emblématique du château est largement diffusée à travers les affiches promotionnelles, qui vantent les charmes de la région.

L’arrivée des transports modernes facilite l’accès au site : le chemin de fer relie Villeneuve à Bex en 1857 et à Lausanne en 1861, tandis que le service régulier par bateaux sur le Léman commence dès 1828. Un tramway est ouvert en 1903 entre Villeneuve et Chillon, puis remplacé par une ligne de bus en 1952.

Le tourisme, apparu vers 1840 avec la construction de l’hôtel Byron et de quelques établissements au bord du lac, connaît un essor particulier entre 1950 et 1967. Le château de Chillon devient le monument historique le plus visité de Suisse, attirant des centaines de milliers de visiteurs chaque année.

Villeneuve : de la ville lacustre à la commune industrielle (1900–1995)

Au début du XXe siècle, Villeneuve est une commune rurale et lacustre, vivant de la viticulture, de l’agriculture et du commerce lacustre. La population passe de 1751 habitants en 1900 à 1989 en 1950, puis à 3705 en 1970, témoignant d’un développement démographique soutenu.

L’industrie se diversifie dès le début du XXe siècle, notamment le long de la voie ferrée construite en 1892 pour relier la gare de Villeneuve aux carrières d’Arvel : commerce de fers Miauton (1907), scierie des Grands Vergers (1917), fabrique de chocolat Schmidlin & Co. (1927), savonnerie de Villeneuve (1931), ateliers de constructions mécaniques de Vevey (1947), constructions métalliques Mottier Frères (1952), fabrique de menuiserie Guyot (1957).

L’assainissement de la plaine de l’Eau-Froide (1915–1920) permet le développement des cultures maraîchères, tandis que le remaniement parcellaire d’une partie du vignoble (1931–1934) donne naissance aux quartiers de villas de Longefan, Cheseaux et Tortiguet. L’autoroute A9 (1966–1970, sortie à Villeneuve) contribue au développement économique, résidentiel et démographique de la commune.

Le Fort de Chillon : mémoire militaire et patrimoine (1941–1995)

Entre 1941 et 1994, le Fort militaire de Chillon incarne la défense moderne de la Suisse, en tant que fort d’artillerie puis d’infanterie, intégré à la position de barrage de Chillon. Il est utilisé comme fortification militaire jusqu’en 1994, avant d’être déclassé « secret défense ».

Après 1994, le fort quitte le domaine militaire pour entrer dans celui du patrimoine et de la mémoire. En 2010, un groupe privé rachète le site et le transforme pour accueillir des caves à vin privées, des événements culturels et des visites guidées. En 2013, la société Fort de Chillon est créée, et en 2018, elle obtient le permis de construire un musée, qui ouvre ses portes au public à la fin de l’année 2020.

Aujourd’hui, le Fort de Chillon est une « super-forteresse » de 2’125 m², cachée entre le lac Léman et les montagnes, qui permet de découvrir un des secrets les mieux gardés de la région. Il complète ainsi l’offre patrimoniale de Chillon, en proposant une expérience immersive sur l’histoire militaire du XXe siècle.

Sources
  • Article « Villeneuve (VD) » dans l’Histoire de la Suisse (HLS-DHS-DSS), 2017.

  • Site officiel de la ville de Villeneuve (VD), section « Histoire ».

  • Article « Fort de Chillon » sur le site de l’association Léman Sans Frontière, 2024.

  • Fiche « A390 Fort d’artillerie de Chillon » sur le site FortLitroz, 2021.

  • Article « Château de Chillon » sur le blog du Musée national, 2021.

  • Article « Chillon en images : genèse d’une icône touristique » sur la Gazette vaudoise, 2025.

 

5 Articles dans cette série :

Chillon au Moyen Âge – Un château-fort au cœur du pouvoir savoyard (XIe–XVe siècle) 1/5

Chillon sous Berne et le canton de Vaud – Prison, arsenal et naissance du tourisme (1536–1895)  2/5

Villeneuve et la région de Chillon– Du bourg lacustre au centre touristique (XIIIe–XIXe siècle) 3/5

Le Fort militaire de Chillon – Une forteresse du XXe siècle (1941–1994) 4/5

Chillon et sa région de 1900 à 1995 – Patrimoine, tourisme et mémoire 5/5